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La coupe d'Isis

 

 

« Allez, la musique. »

 

 

 

De sous la mollesse pénible des ombres longues du XIXe siècle, il y eut le bleu d'une supernova à effondrement de cœur pour rappeler juste à temps l'homme à son éternité, avant de feindre de s'éteindre dans le ciel noir.

 

On a voulu me faire comprendre qu'Isidore Ducasse est mort, mais je n'y crois pas. C'est là une parole déplacée, déplacée par j'ignore qui, et si ce qui a quelque dessein d'ainsi hâbler absurdement, en nous baladant de la sorte par l'indexation de son hâtif jugement sur les résultantes olfactives du mort cadavre de l’Essoufflé de Montevideo.

 

On a bestement cherché à nous faire accroire que le jeune homme pour qui l'immortalité de l'âme est la deuxième évidence parmi les éternelles indiscutabilités, avec en premier lieu la Bonté de Dieu, serait « mort » – c'est le terme employé – un matin de novembre 1871, dans un faubourg affamé, en Sion assiégée par des espèces de Philistins à pointe.

 

Or, bienheureux sommes-nous ! qu'on se rafraîchisse un peu la tête, et qu'on se la secoue hardiment, en croquant une gousse d'ail excellent ! Car il nous manque seulement de voir que ce n'est autre que la mort d'Isidore qui soit morte, et non pas Isidore le Vivant. C'est en effet le propre de la mort de mourir, et le propre de la vie de vivre.

 

Ô Jean Meyendorff, redis-nous encore ces paroles ailées, qui ne cessent de me rouvrir le côté du cœur à la manière d'un lancinant violon wagnérien :

 

Jean Meyendorff.jpg

 

« Toute parole conteste une autre parole, mais quelle est la parole qui peut contester la vie ? »

 

Sage, c'est pour le bien de tous que tu as répété ces paroles, et quand tu te tais sobrement pareil aux dieux, Isidore en sa dorée chaire assis repose son calice d'argent et de pierres, buvant son vin à petits coups comme les Immortels.

 

« La poésie n'est pas la tempête, pas plus que le cyclone. C'est un fleuve majestueux et fertile. »

 

Isidore, ainsi prophétises-tu du sein même de la mort, que tu as vaincue par la seule espérance de ton rêve. Une blessure aussi profonde que l'Océan Atlantique, celui que tu honoras avec tant de sel et d'amertume, te rendis poitrinaire à ce monde, ou plutôt, à ce côté du voile où la mort circule. Madame notre Mère commençait donc de faire refleurir ton mauvais rêve lorsque la mort, en vain, tenta de te ravir au Dieu des Vivants. Icelle au contraire uniquement réussit, la vile marâtre, à, t'enlevant de chez nous, accentuer la séparation d'entre les Hommes Morts – les habitants de cette terre – et les Hommes Vivants – les amoureux. Depuis, tu œuvres continuellement, ô Isidore, en ce Jardin des Joies qui t'est si cher et qui, au beau jour, sur notre Imperium Ultimum descendra des miséricordieuses nuées où tu te caches à nos yeux, quelque part entre Terre et Ciel.

 

Isidore, frère de Dieu, je t'écris si tard, car si je redoutais je ne sais quel souci en quelque moment d'argileuse inattention, je craindrais que tu n'aies emmené en ton mystérieux séjour de gloire le glorieux espoir auquel tu avais dédié un tout premier chant... Les points de suspension ! Coquin de sort ! les revoilà. Vois, le Seigneur fit pour moi des merveilles, et j'ai encore toute la vie pour apprendre à les lui rendre. Toi aussi, tu débutes dans la vie. Alors, j'ai besoin de ton aide pour que la poésie soit faite par tous ; armons-nous de Miséricorde, mon cher, car il n'est pas donné à toutes les estoiles de briller aussi fort que sacré toi. Il ne va bientôt plus que rester l'imbécile orgueil pour essayer, sans succès, de contenir la virile et vigoureuse vague d'Esprit-Saint qui a déjà entamé, du cœur des jeunes, et de la Terre, sa grande et dernière submersion du continent et du monde à venir. Tu t'es chargé de régler leur compte à toutes les erratiques aberrations fichues et finies des orgueils infâmes, des ringardes ironies, des asphyxiants sarcasmes, des iniquissimes abattements et de toutes les estrangularités goitreuses et de tous les autres monstres circuminfernaux qui messeyent à l'Enfant Éternel qui demeure et souvent dort en chaque fils et fille d'Adam.

 

Je vais dormir, Isidore. Cela m'enchante de parler avec des Vivants. Que veux-tu, il faut bien ces moments bénis pour tenir, démourir et mieux encore, vivre, quand on s'apprête à faire suivre le sain sommeil de mourants côtoiements diurnes. Il est bon de te parler, tout comme sont bons le soleil corse sur les noisetiers de la petite île, les charcuteries européennes entre amis, les bons couteaux espagnols, les fruits et tout.

 

Nous nous disons donc à tout à l'heure.

 

 Marie Medjugorje.jpg

 

« VOUS tous qui avez soif, venez aux eaux ; vous qui n’avez point d’argent, hâtez-vous, achetez et mangez : venez, achetez sans argent et sans aucun échange le vin et le lait.

 Pourquoi employez-vous votre argent à ce qui ne peut vous nourrir, et vos travaux à ce qui ne peut vous rassasier ? Écoutez-moi avec attention ; nourrissez-vous de la bonne nourriture que je vous donne ; et votre âme étant comme engraissée, sera dans la joie.

 Prêtez l’oreille, et venez à moi ; écoutez-moi, et votre âme trouvera la vie : je ferai avec vous une alliance éternelle, selon la miséricorde stable que j’ai promise à David.

 Je vais le donner pour témoin aux peuples, pour maître et pour chef aux gentils.

 Vous appellerez une nation que vous ne connaissiez point ; et les peuples qui ne vous connaissaient point, accourront à vous, à cause du Seigneur, votre Dieu, et du Saint d’Israël, qui vous aura comblé de sa gloire.

 Cherchez le Seigneur pendant qu’on peut le trouver ; invoquez-le pendant qu’il est proche.

 Que l’impie quitte sa voie, et l’injuste ses pensées, et qu’il retourne au Seigneur, et il lui fera miséricorde : qu’il retourne à notre Dieu, parce qu’il est plein de bonté pour pardonner.

 Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies, dit le Seigneur.

 Mais autant que les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées.

 Et comme la pluie et la neige descendent du ciel, et n’y retournent plus, mais qu’elles abreuvent la terre, la rendent féconde, et la font germer, et qu’elle donne la semence pour semer, et le pain pour s’en nourrir :

 ainsi ma parole qui sort de ma bouche, ne retournera point à moi sans fruit ; mais elle fera tout ce que je veux, et elle produira l’effet pour lequel je l’ai envoyée.

 Car vous sortirez avec joie, et vous serez conduits dans la paix : les montagnes et les collines retentiront devant vous de cantiques de louanges, et tous les arbres du pays feront entendre leurs applaudissements.

 Le sapin s’élèvera au lieu de la lavande ; le myrte croîtra au lieu de l’ortie ; et le Seigneur éclatera comme un signe éternel qui ne disparaîtra jamais. »

 

Isaïe LV        

 

 

 

 

 

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